Faut-il un plan nutrition pour un enfant de 10 ans qui joue au foot ?
On me pose la question régulièrement. Ma réponse est non, et elle n'a rien à voir avec le tarif.
« Est-ce que vous suivez déjà les enfants de cet âge-là ? »
C'est un père qui me pose la question, à propos de son fils de neuf ans qui joue deux fois par semaine. Il fait bien de la poser. Beaucoup de parents se demandent à quel moment il faut commencer à s'occuper sérieusement de l'alimentation.
Je réponds non, et j'explique pourquoi. Ce n'est pas une question de disponibilité, encore moins de tarif. À cet âge, un plan chiffré fait plus de dégâts qu'il n'en répare.
Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien à faire. Cela veut dire qu'il y a autre chose à faire.
1. Avant douze ans, le corps ne cherche pas la performance
Il grandit. Les besoins évoluent d'un mois à l'autre, et aucun plan chiffré ne suit ce rythme.
Le Comité International Olympique le formule clairement dans son consensus sur le développement du jeune athlète : à cet âge, l'objectif est un enfant en bonne santé, solide, qui prend du plaisir. L'optimisation viendra plus tard, si elle doit venir.
Un enfant de dix ans à qui l'on impose des grammes et des horaires ne devient pas un meilleur joueur. Il devient un enfant qui se demande s'il a le droit de manger.
2. Le réflexe qui se paie à seize ans
Un enfant qui pèse ses aliments à dix ans apprend surtout à s'en méfier.
Et ça ressort à seize ans, juste au moment où il faudrait manger davantage. Je le vois chez certains joueurs de cet âge en académie : ils ont intégré une prudence dont plus personne ne se souvient de l'origine, et qui les freine quand le corps réclame du carburant.
Le rapport à la nourriture se construit tôt. C'est la seule chose qu'un plan trop précoce abîme durablement.
3. Les quatre bases qui suffisent avant douze ans
Ce ne sont pas des règles à faire respecter. Ce sont des habitudes qui tiennent avec un peu d'organisation, et qui ne tiennent pas avec de la discipline.
- La régularité. Des repas à heures stables, sans négociation à chaque fois. De tout ce que je peux vous dire, c'est le point qui rapporte le plus.
- Une source de protéine à chaque repas. Œuf, viande, poisson, laitage, légumineuse. Rien de plus compliqué que ça.
- L'eau comme boisson par défaut. Les références européennes situent les besoins autour de 1,6 litre par jour entre 4 et 8 ans, et 2,1 litres entre 9 et 13 ans, toutes boissons et aliments confondus. L'entraînement augmente ce chiffre.
- Le sucre rapide autour de l'effort, jamais en récompense. La société européenne de gastro-entérologie pédiatrique recommande de maintenir les sucres libres sous 5 % des apports quotidiens chez les 2 à 18 ans.
Et on ne compte rien. Ni les calories, ni les grammes, ni les portions.
4. Les bonbons de la mi-temps
C'est l'habitude la plus répandue du football de jeunes, et la plus contre-productive. Un pic de sucre en milieu de match se paie dans les vingt minutes qui suivent.
Mais je ne la juge pas, parce que je sais d'où elle vient.
Quand j'étais gamin, je passais mes vacances chez mes grands-parents à Paris. Ils savaient que j'adorais les croissants, et les croissants là-bas, ce n'est pas ceux de chez nous. Alors chaque matin, ils m'en ramenaient deux ou trois de la boulangerie. Ils pensaient me faire plaisir, et ils me faisaient plaisir.
Avec le recul, je sais aussi que ce n'était pas un service. C'est le même mécanisme qu'on retrouve derrière les bonbons du bord de terrain ou le soda du soir : on cède parce qu'on aime, et l'enfant retient que quand on l'aime, on lui donne du sucre.
5. Vous êtes son premier exemple
Un enfant n'applique pas ce qu'on lui dit, il reproduit ce qu'il voit. Si le soda est sur la table tous les soirs, il en voudra tous les soirs, et aucune explication ne pèsera face à ça.
Ce que vous mettez dans votre propre verre pèse plus que tout ce que vous pourrez lui expliquer.
Avant douze ans, le premier influenceur d'un enfant, c'est son parent.
6. Ce qui change vers douze ou treize ans
La croissance s'accélère, la charge d'entraînement augmente, et les besoins montent plus vite que l'appétit. C'est à ce moment-là qu'un accompagnement structuré a du sens.
D'ici là, votre travail est ailleurs. Vous installez une régularité, un rapport calme à la nourriture et un enfant qui mange sans y penser.
C'est exactement le terrain sur lequel un plan fonctionnera, plus tard. Un accompagnement lancé au bon moment vaut mieux que trois années passées à compter.
À retenir
Un enfant de dix ans n'a pas besoin d'un plan. Il a besoin de repas à heures stables, d'eau, d'un peu de protéine à chaque repas, et de parents qui ne font pas du sucre une récompense.
Ce sont quatre habitudes. Elles ne coûtent rien, elles ne se pèsent pas, et elles décident de ce qu'on pourra construire à quatorze.
Si vous vous posez la question aujourd'hui, c'est déjà que vous faites le travail.
Le document complet, dix pages.
La journée d'école, le jour de match, les collations à afficher sur le frigo, et les neuf questions que les parents me posent le plus souvent. Sourcé, gratuit.
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