📏 Composition corporelle · Performance

Masse grasse du jeune footballeur : pourquoi la balance ne suffit pas

Ton fils a pris deux kilos ce mois-ci. Bonne ou mauvaise nouvelle ? La balance ne peut pas te le dire. Voici ce que mesurent vraiment la pince et le DEXA, et comment je lis ces chiffres chez un adolescent.

📅 Septembre 2026 · 7 min de lecture · Par Jérôme, Coach Nutrition EREPS

Dimanche matin. Ton fils monte sur la balance à jeun, comme chaque semaine, et le chiffre tombe : +2 kg en un mois.

Tu ne sais pas trop quoi en penser. Il voulait se renforcer pour les duels, donc c'est peut-être bien. Mais il a aussi pas mal grignoté ces dernières semaines, donc c'est peut-être moins bien.

Ces deux kilos peuvent être du muscle, de la croissance, un peu de gras ou simplement de l'eau stockée dans les muscles parce qu'il mange enfin assez de glucides. Sur la balance, tout ça affiche exactement le même nombre.

C'est pour ça qu'à partir de 15 ans, je mesure aussi la composition corporelle de mes joueurs. Voici ce que ça veut dire concrètement, ce que valent les méthodes que tu vas croiser en académie, et les limites que je m'impose avec des adolescents.

1. Ce que la balance mélange

Le poids additionne tout : les muscles, la masse grasse, les os, l'eau, et même ce qui se trouve encore dans l'estomac et les intestins. D'un matin à l'autre, il peut bouger d'un à deux kilos sans que rien de durable n'ait changé. Un souper très salé, une grosse séance, un retour tardif de déplacement, et le chiffre du lendemain raconte autre chose que la réalité.

L'IMC a le même défaut. Il rapporte le poids à la taille sans savoir de quoi ce poids est fait. Un joueur très musclé peut sortir en surpoids sur le papier avec très peu de masse grasse. Chez un adolescent, l'IMC ne se lit d'ailleurs jamais seul, mais sur une courbe de croissance selon l'âge.

Deux joueurs de 1m79 et 70 kg peuvent avoir huit kilos de masse grasse d'écart. Sur les sprints répétés de fin de match, ça se ressent.

2. Pince, DEXA, balance connectée : ce que vaut chaque méthode

La pince à plis cutanés. Elle mesure l'épaisseur d'un pli de peau et de la graisse juste en dessous, sur des sites précis du corps. Ces valeurs entrent dans une équation qui estime le pourcentage de masse grasse. C'est rapide, sans aucun danger, et on peut la répéter chaque mois. Sa limite, c'est la main de celui qui mesure : deux personnes n'obtiendront pas exactement le même résultat sur le même joueur.

Le DEXA. C'est un examen issu de l'imagerie médicale, qui sert de référence. En quelques minutes, allongé, le joueur obtient sa masse grasse, sa masse maigre et sa masse osseuse, zone par zone. La dose de rayons est très faible. Certaines académies le proposent à leurs joueurs, sinon il faut passer par un centre spécialisé. Il reste sensible à l'hydratation et au dernier repas, et son prix ne permet pas d'en faire un outil de suivi mensuel.

La balance connectée. Elle affiche un pourcentage de graisse en faisant passer un faible courant électrique par les pieds. En réalité, elle estime surtout l'eau du corps. Après un grand verre d'eau, en sortant de l'entraînement ou le soir plutôt que le matin, le résultat change sans que le corps ait bougé. Pour suivre un adolescent qui grandit, je ne m'y fie pas.

Un point que peu de parents connaissent : chaque méthode a sa propre échelle. Un 11 % mesuré au DEXA et un 11 % mesuré à la pince ne décrivent pas le même corps. Comparer le chiffre de ton fils avec celui d'un coéquipier mesuré autrement n'a donc aucun sens.

3. Comment je mesure, et pourquoi jamais avant 15 ans

J'utilise la pince avec le protocole de Durnin et Womersley, sur quatre sites : le biceps, le triceps, sous l'omoplate et juste au-dessus de la hanche. On mesure toujours du même côté et dans les mêmes conditions. D'un bilan à l'autre, c'est aussi la même personne qui tient la pince, pour que la main ne fausse pas la comparaison. La mesure a lieu une fois par mois, au moment du bilan.

Les équations de Durnin et Womersley ont été établies sur des personnes de 16 ans et plus. Avant cet âge, elles n'ont pas été pensées pour ça, et le corps change trop vite pour qu'un pourcentage veuille dire quelque chose d'un mois à l'autre. En dessous de 15 ans, je suis la croissance : le poids et la taille, lus ensemble sur une courbe selon l'âge. C'est suffisant pour ajuster la nutrition, et ça évite de coller un chiffre sur le corps d'un jeune de 13 ans.

Chez les joueuses, je ne mesure jamais la masse grasse. Le suivi passe par des mensurations, dont le tour de taille au niveau du nombril, une fois par mois.

4. Lire l'évolution, pas un chiffre isolé

Un pourcentage seul m'apprend peu de choses. Ce qui compte, c'est la façon dont le poids et les plis bougent ensemble d'un bilan à l'autre, parce que c'est ça qui me dit quoi ajuster dans le plan.

Poids Plis cutanés Ce que ça veut dire
En hausse Stables Il construit de la masse maigre. Le plan fonctionne, on continue.
Stable En baisse Il perd un peu de gras et gagne du muscle. En pleine saison, c'est souvent le meilleur scénario.
En hausse En hausse Le surplus est trop large. On le réduit légèrement, en gardant le carburant autour des séances.
En baisse En baisse rapide Il ne mange pas assez pour ce qu'il dépense. On remonte les apports avant que la performance ne décroche.

La taille entre aussi dans la lecture. Pendant le pic de croissance, un joueur peut prendre plusieurs centimètres en quelques mois, et le poids suit logiquement. Une prise de poids qui accompagne une poussée de croissance n'a rien d'inquiétant, c'est même ce qu'on attend.

Si ton fils passe un DEXA dans son club, garde le compte rendu. Je m'en sers pour recaler l'objectif, en gardant en tête que les deux méthodes ne se comparent pas chiffre pour chiffre.

Cas concret

Lukas, KAA Gent U18 : +9,2 kg sans prendre de gras

Quand Lukas a commencé le suivi, il pesait 55,6 kg pour 1m79. Douze mois et 43 bilans hebdomadaires plus tard, il pèse 64,8 kg.

Sur la balance seule, +9,2 kg en un an, ça peut inquiéter un parent. C'est là que la mesure change tout : sa masse grasse a été maintenue à 7 % pendant toute la prise de poids. Les kilos gagnés sont de la masse propre. C'est exactement la première ligne du tableau : poids en hausse, masse grasse stable.

Et il n'a rien perdu en vitesse. Toute la méthode est détaillée dans l'article sur la prise de masse du jeune footballeur.

⚠️ Le piège le plus fréquent

Courir après le pourcentage le plus bas

Sur les réseaux, ton fils voit des pros très secs, abdos dessinés. Il peut vite se dire que plus il sera sec, meilleur il sera. Passé un certain seuil, c'est l'inverse : moins de jus en fin de match, une récupération plus lente, un risque de blessure qui monte et une croissance qui peut ralentir.

Le Comité international olympique a consacré plusieurs déclarations de consensus à ce qu'il appelle le déficit énergétique relatif dans le sport, souvent abrégé RED-S. Quand ce que le joueur mange ne couvre plus ce que lui demandent l'entraînement et la croissance, l'organisme se met à économiser partout : sur les os, les hormones, les défenses immunitaires et la performance. Les garçons sont concernés aussi, ce n'est pas un sujet réservé aux sportives.

Avec un jeune, je vise une fourchette où il reste performant tout en continuant de grandir. La mesure sert à ajuster ce qu'il mange, jamais à juger son corps.

Un conseil : ce chiffre reste entre ton fils, toi et son coach. On n'en parle pas à table et on ne le compare pas avec celui d'un coéquipier. À cet âge, le rapport à la nourriture se construit aussi dans ce qu'il entend à la maison.

5. Ce que tu peux suivre à la maison

Pas besoin de matériel particulier. Ces repères suffisent, à condition de les prendre correctement.

  • Le poids, une fois par semaine. Le matin, à jeun, après être passé aux toilettes, sur la même balance. Une pesée tous les jours inquiète pour rien : un à deux kilos d'écart d'un matin à l'autre, c'est normal.
  • La taille, tous les trois mois. Contre un mur, sans chaussures, de préférence le matin, puisqu'on perd un peu de hauteur au fil de la journée. Chez un joueur en croissance, c'est le chiffre qui explique tous les autres.
  • Le tour de taille, une fois par mois. Au niveau du nombril, avec le même mètre ruban, sans serrer. S'il reste stable pendant que le poids monte, c'est plutôt bon signe.

Le pourcentage de graisse affiché par ta balance connectée, tu peux l'ignorer. Garde-la pour le poids, c'est ce qu'elle fait de mieux.

Et si le poids ne bouge pas alors que ton fils a l'impression de manger beaucoup, la première question est celle de l'apport réel. Je détaille le calcul dans combien de calories pour un jeune footballeur.

À retenir

Le poids reste un bon repère, à condition de savoir ce qu'il ne voit pas. Deux kilos de plus peuvent être la meilleure nouvelle du mois comme un signal à corriger.

Ce qui tranche, c'est une mesure prise chaque mois dans les mêmes conditions et lue avec la taille. Avant 15 ans, on suit la croissance et on laisse les pourcentages de côté.

Et le vrai juge reste le terrain : un joueur qui tient ses sprints jusqu'à la dernière minute et qui récupère bien d'un match à l'autre.

La nutrition de ton fils est-elle au niveau de ses ambitions ?

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